2009 : Je pense comme une fille enlève sa robe

«Evoquer la prostitution sur un plateau de danse. Comment faire? Pas de touche érotique ou pornographique à la mode. Non plus de féminisme primaire ou sentimental. La ténacité de Perrine Valli à rester sobre est déjà un exploit. Sur un sujet de société dur et délicat, cette jeune chorégraphe met les pieds dans le plat.»

Le Monde – Rosita Boisseau

Distribution

Conception et Chorégraphie : Perrine Valli
Interprétation : Jennifer Bonn, Perrine Valli
Création sonore : Jennifer Bonn
Création lumière : Cyril Leclerc
Scénographie : Marie Szersnovicz, Perrine Valli
Décor, costumes et accessoires : Marie Szersnovicz
Régie : Laurent Schaer
Vidéoprojection :Akatre / Frédéric Lombard
Collaboration artistique : Jennifer Bonn
Administration : Thibault Genton
Diffusion : Aurélie Martin
Durée : 1 heure
Crédit photo : ©Akatre
Co Production : Festival Faits d’Hiver, Théâtre de l’Usine
Soutiens : DRAC Ile-de-France, ADAMI, Ville de Genève – Département de la Culture, République et canton de Genève, Ernst Göhner Stiftung, Pro Helvetia, Loterie Romande.
Cette pièce bénéficie d'une aide à la tournée Pro Helvetia et a été choisie "+ des PSO"
Lieux de création : Mains d’Oeuvres, Micadanses, Théâtre de l’Usine

Description

“Je pense comme une fille enlève sa robe” est une phrase de Georges Bataille à partir de laquelle Perrine Valli s’interroge sur la prostitution et sur la relation qu’instaure le féminin et le masculin. Le corps prostitué devient un corps miroir à travers lequel l’homme et la femme se questionnent.

Que signifie l’acte de se dénuder ? Et si le corps nu n’était plus alors un corps sans vêtements mais un corps sans limites ?

Après les interrogations formelles, le comment de la danse, Perrine Valli se plonge dans le pourquoi, interpellant une problématique qui peut, sans aucun doute, déboucher sur "une comment mouvoir un corps", particulier. Comment est-il marqué et comment, en retour, marque-t-il l’espace? Car son sujet, le corps prostitué, ne se résout pas dans l’incarnation brute ou la nudité. Il la dépasse, l’interroge les frontières de la personne, de son intimité, de son être au monde. Un terrain si sensible.

(Texte : Mains d’Oeuvres)

Texte sur scène

noir rien que les double projecteurs des véhicules qui rodent coupant à travers les silhouettes des arbres tout autour arbres qui m'effrayent qui me rassurent qui sont ma cachette qui sont ma prison je ne peux pas partir d'ici jusqu'à ce que et déjà j'entends les bruits étranges de cris étouffés rires et plaintes parmi le bruissement des branches et des corps contre la terre et les troncs d'arbres de voitures secouées sur leurs pneus and la faible musique qui parfois filtre par la fente d'un vitre baissé

je suis l'arbre pâle qui se distingue parmi les troncs obscurs mes branches toutes nues parées que de quelques babioles brillantes qui pendent d'une brindille par-ci par-là pour mieux capter la lumière des bas rayons qui balayent les bois le long des routes qui les amènent ici ici pour se laver de leurs sales pensées et mon corps est le réceptacle de leurs plus intimes confessions je suis l'indulgence et notre contrat tacite établie que je dois te pardonner pour ce que mon corps entend de tes désirs coupables pour lesquels je suis l'image et l'outil

je suis la même femme qui partage ton lit je suis la mère de tes enfants je suis son image dans la glace mais toi tu n'as de courage que pour parler à ce miroir et nierait jusqu'à ton dernier souffle que ce reflet pourrait déjà exister dans ce qui est reflété mais elle ne peut pas m'atteindre ni moi elle car ceci est ma place et celle-là la sienne et toi tu es le mur qui nous sépare nous existons dans un monde que tu as crée pour nous selon tes idées et tu dois nous protéger parce que nous sommes faibles dans ce monde qui est la cause même de notre faiblesse et si seulement il y a très très longtemps nous aurions pu manquer de profondeur au point de croire qu'il y avait compétition entre vous et nous mais vous n'étiez pas si naïfs et avez divisé et avez conquis et maintenant elle t'attend à la maison et je t'attend dans les bois obscurs

quand ton travail est terminé et tu es vide et je suis pleine de ton vide couchée sur le sol qui avant était terre et qui maintenant n'est que boue quelques billets froissés serrés dans ma main avec lesquels je suis sensée sécher mes larmes déjà taries depuis longtemps et j'ai déjà oublié ton visage tu n'es qu'une lente brûlure éteinte par l'air frais de la nuit et par la terre humide et je lève le regard sur les noires lignes verticales des troncs d'arbres sur fond de ciel leur jugement silencieux leur compassion silencieuse leur silencieuse complicité avec ce qu'ici à lieu et déjà je dois me remettre debout car ceci ma lamentation n'est que le premier refrain d'un chant nocturne d'un choeur d'arbres pâles pour une salle d'hommes invisibles

(Texte écrit et interprété sur scène par Jennifer Bonn)

Texte pour la pièce

Une robe longue
Quand elle est là, quand elle est montée, quand on l’a pour soi, à soi, quand on croit l’avoir à soi, qu’est-ce qu’elle donne, qu’est-ce qu’elle offre, qu’est-ce qu’elle garde, qu’est-ce qu’elle prend, qu’est-ce qu’on comprend de ce qu’elle donne. Je m’assied, je me tais et je regarde, en silence, la bouche un peu ouverte, comment elle enlève sa robe, comment elle enlève ses bas. La lenteur, la vitesse, le temps. Elle a l’envie que ça passe vite, que ca ne s’arrête jamais, ce moment, que ces bas soient infinies, que sa robe soit longue, longue, longue, que jamais elle n’ait à arrêter de l’enlever, et moi, je veux que dure toujours, que jamais ne s’arrête cette seconde, entre cette fille du dehors, abordée dans la rue dans un bar sur une piste de danse dans le crépuscule d’une boîte de nuit, que dure toujours ce moment entre deux, pour garder cette fille du dehors, encore inconnue, habillée encore et elle, la fille nue, peut-être offerte, donnée devant moi.
Comment elle enlève ses gants. Comment sa jupe se soulève.
Comment elle allume une cigarette.
Comment elle sourit aux hommes.
Comment on ferme un collier sur son cou.
Comment elle se jette sur le lit.
Comment elle frémit dans les bras.
Comment elle répond aux désirs.
Comment on ouvre sa robe.
Comment elle fait un gâteau.
Comment elle lave un chemisier.
Comment elle pose sur les photos.
Comment elle marche sur les moquettes.
Comment elle est si différente.
Comment elle supporte les années.
Comment elle reçoit les traces.
Comment elle dit non.
Comment elle dit oui.
Comment elle dit oui.
Comment elle dit oui.
Comment elle dit oui.
Comment elle met ses lunettes de soleil.
Comment elle les enlève.
Comment elle met une perruque.
Comment elle ouvre les jambes
Comment elle rince les verres.
Comment elle éteint les lumières.
Comment elle est silencieuse la nuit.
Comment elle est belle seule dans la ville, dans la nuit.
Comment elle danse seule.
Comment elle danse serrée contre personne.
Comment elle se déshabille pour lui.
Comment elle ne prend pas une ride.
Comment elle les cache.
Comment elle est une princesse.
Comment ils reviennent, toujours, les hommes.
Comment je reviens toujours à elle.
Parce qu’elle donne.
Parce qu’elle me prend plus qu’elle ne donne.
Elle prend des choses qui pèsent que je ne saurais enlever seul.

La robe?
Les bas, aussi?
La culotte?
Le soutien-gorge en premier?

(Texte : Mathieu Bertholet)

Dates

3 et 4 mars 2011 Journées Danse Contemporaine Suisse, Berne, Suisse
18 maes 2011 Théâtre de Saragosse, Pau, France
16 et 17 août 2011 Tanz im August, Werkstatt, Berlin, Allemagne
9 et 10 novembre 2011 Mercat de las Flors, Barcelone, Espagne
8 décembre 2011 Comédie de St-Etienne, France
25 février 2010 Institut franco-japonais,Tokyo Japon
13 et 14 mars 2010 Printemps de Sévelin, Lausanne, Suisse
19 mai 2010 Centre Culturel Suisse, Paris, France
1er juin 2010 La Passerelle, St-Brieuc, France
29 septembre 2010 Mains d’Oeuvres, Paris, France
19 et 30 novembre 2010 Sudpöl, Lucerne, Suisse
24 et 27 novembre Phönix-Theater, Steckborn, Suisse
du 16 au 18 décembre Maison de la Danse, Lyon, France
20, 21 et 22 janvier 2009 Faits d’Hiver, Mains d’Oeuvres, Paris, France
du 29 janvier au 8 février 2009 Théâtre de l’Usine, Genève, Suisse
1er décembre 2009 Extrait Super Deluxe, Tokyo, Japon

Photos

photos: Akatre
& Dorothée Thébert

Vidéo

Presse

Le Monde - le 20 Janvier 2009 - par Rosita Boisseau
Les corps et les gestes des professionnelles du sexe

>> lire l'article >>

Télérama - du 21 au 27 janvier - par Rosita Boisseau
A découvrir

>> lire l'article >>

Danser, n° 287, par Philippe Noisette

>> lire l'article >>

Danser, n° 300, par Philippe Verrièle

>> lire l'article >>

Le Courrier - le 29 Janvier 2009 - par Bertrand Tappolet
Le corps en échange

>> lire l'article >>

Le Temps - le 6 Février 2009 - par Alexandre Demidoff
Danse pour filles de joie sans visage

>> lire l'article >>

La Tribune - le 7-8 Février 2009 - par Lionel Chiuch
Je danse le corps prostitué

>> lire l'article >>

Le Phare - may-juillet 2010 - par Marie-Pierre Genecand
Lignes abstraites pour corps offerts

>> lire l'article >>

Scène Magazine - 2009 - par Bertrand Tappolet
Le corps philosophe

>> lire l'article >>

Bleu - le 2 Février 2009 - par J.D.
Réflexion sur la prostitution

>> lire l'article >>